TISSUS EN SOIE D'ARAIGNEE, ce n'est pas un mythe.

Tissu en soie d'araignée

LE TISSU EN SOIE D'ARAIGNEE N'EST PAS UN MYTHE .

En 1610, REAUMUR étudie la soie des araignées et la possibilité de l'utiliser car les propriétés mécaniques exceptionnelles de cette soie en font un matériau d'avenir. Mais c'est BON DE MONTPELLIER ou de SAINT-HILAIRE François Xavier ( 1678-1761 )qui eu le premier l'intuition de l'utilisation de la soie d'araignée pour les filatures françaises. Il publia un ouvrage "dissertation sur l'araignée" dans lequel il enseignait le moyen de filer la soie de cet insecte**, ouvrage traduit dans toutes les langues en Europe, et même en chinois. Il présenta à l'Académie des sciences des bas et des mitaines fabriqués ainsi.
Rappelons aussi que REAUMUR anticipa la fabrication du papier à partir du bois en observant le travail des guêpes.
** A cette époque les araignées étaient encore classées parmi les insectes.


Le premier essai remonte à 1709.

Il y a longtemps que l'on se préoccupait de tirer parti des fils d'araignée. C'est un missionnaire français à Madagascar, le Père CAMBOUE, qui, dans ces dernières années, reprit le problème et le poussa avec persévérance jusqu'à un premier succés qu'il est juste de ne pas oublier. Puis, les essais très satisfaisants furent continués par monsieur JOLLY, architecte de la colonie de Madagascar et directeur de l'école professionnelle de Tananarive. On a installé une véritable école de tissage de soie d'araignée.

Il y a , à Tananarive, un directeur de fabrication, un contremaître filateur et trois jeunes ménages indigènes. Ce petit personnel ne dispose pas moins, aujourd'hui, d'un approvisionnement de 200.000 mètres de fils à 12 brins, et la production s'élève à 50.000 mètres par mois.

Les étoffes en toile d'araignée rappellent les robes de la «Belle au bois-dormant» ; elles sont d'un éclat merveilleux et leur chatoiement envoi aux yeux étonnés les rayons de l'arc-en-ciel. La soie de l'araignée est d'un jaune d'or superbe et ses reflets sont variés et éblouissants. C'est le tissu rêvé des « Mille et une nuit » !

Toutes les araignées ne produisent pas cette soie privilégiée. L'araignée fileuse de Madagascar est l'Halabé , Néphiles (Nephila sp.) ***, bonne grosse bête qui n'est pas venimeuse. Elle fournit sept à huit fois la quantité de soie que donne pendant son existence, dans les magnaneries, le ver à soie ordinaire. Et pas de maladie.

Les colons de Madagascar, en ce moment, apportent les araignées fileuses à l'usine ; il vaudra mieux les laisser chez elles et apporter sur place les dévidoirs.

En 1898, mr. NOGUE, sous-directeur de l'école professionelle de Tananarive construisit un appareil d'extraction des fils d'araignée qui donna des résultats appréciables.
Des essais furent effectués à Lyon, après l'envoi par le général GALLIENI, alors gouverneur de l'île, de pontes d' Halabé. Mais elles périrent toutes et on en resta là.


Henri de PARVILLE , in «les Annales» du 17 juin 1900, nr. 886, éditions Jules BRISSON.

  • La néphile dorée est très commune dans les Hauts de la Réunion, où elle est appelée bibe.

    On la trouve également aux Seychelles.


    Sous-espèces :
    Nephila inaurata madagascariensis serait une sous-espèce.

    Présentée comme une araignée endémique des Mascareignes et ayant toujours l'abdomen noir, Nephila nigra est un autre cas problématique. Plusieurs sources affirment qu'il s'agit d'une espèce différente, d'autres d'une sous-espèce (Nephila inaurata nigra) . Il semble qu'il s'agisse plutôt d'un synonyme servant à désigner les spécimens dont l'opisthosome n'est pas doré.
    ( Source : wikipedia )

    *** L' Halabé ( Nephila madascariensis ) . La femelle mesure 7 à 8 cms avec un corps d'environ 3 cms, ver luisant, décoré richement d'argent et d'or.
    Le fil d' Halabé : 6 centième et demi de millimètre ( diamètre de 0,065 mm ) et 66 grammes de ténacité.
    Le fil de Mori : 31 centième et demi de millimètre ( 0,315 mm ) et 65 grammes de ténacité.
    Chaque Halabé peut donner 3 à 4000 mètres de fil.
    ( Ch. de LABONNEFON, in " croquis entomologiques " ).
  • Comparison :
    Pour donner une livre de soie il faut 3500 vers à soie. Pour produire la même quantité il faut 22.000 araignées....

 
Epeire diadème de nuit sur sa toile ( photo au flash ).
Les araignées européennes ne tissent sans doute
pas assez de fil pour une production industrielle..
.mais la chose pourrait-être tentée au niveau artisanal.
J'aimerais bien porter une cheminse en soie d'araignée !

 
L'idée de se servir de la soie d'araignée n'est pas exclusivement européenne. Arachnéologiste Eugène SIMON montra aux membres de la Société Française d'Entomologie (1881) un porte-objet en forme de tube de 70 cms de long sur 10 cms de diamètre fabriqué par les indigènes des îles SOLO. Au XVII eme.siècle, les habitants du Paraguay fabriquaient des vêtements avec de la soie d'araignée. Les Indochinois aussi. Alcide d'ORBIGNY, au retour d' Amérique, présenta au musée d'histoire naturelle un échantillon de soie d'araignée dont il s'était fait fabriquer un pantalon qu'il porta longtemps.

François BON SAINT-HILAIRE est le premier européen qui pensa tirer parti de la soie des araignées. En 1709, il présenta à l'académie de Montpellier un mémoire et une pièce probante : des mitaines et des bas avec la soie de cocons récoltés dans la nature. REAUMUR fut chargé de mener une enquète sur la question (1710) mais ne se montra pas favorable : il fallait 4 grosses araignées pour une quantité équivalente du ver à soie et que...toutes les mouches du royaume ne suffiraient pas à nourrir les araignées ! L'empereur de Chine fut mis au courant de la question.

Ensuite l'Espagnol TREMEYER s'intéressa au procédé en conseillant d'extraire la soie sur dévidoir directement de la filière des arachnéides. Fabrication de bas et bourses avec la soie de l' épeire diadème - Epeira diademata -( photo ci-dessus ). Peu de temps après , l'anglais ROLT opéra avec des épeires diadèmes et obtint en deux heures 18.000 pieds de soie. LATREILLE, dans " les crustacés et les insectes distribués en familles naturelles " (1809) rend compte de résultats obtenus par un industriel français.

Les premières tentatives sérieuses d'élevage furent faîtes par deux français : DUBOIS, père et fils. Entre 1800 et 1843, ils élevèrent environ 400.000 araignées, on pense des Tégénaires domestiques. Ils révélèrent ainsi que les araignées peuvent être élevées avec de la viande crue ***. On en revint à la suggestion de REAUMUR d'employer des espèces exotiques. VINSON, le premier, cita Néphila madagascariensis . Il reconnut que cette espèce produit des fils très longs et très forts et les créoles avaient tissé une superbe paire de gants dont il avait été fait cadeau à l'impératrice EUGENIE. En Amérique, WILDER parvient à extirper directement la soie des filières de Néphila plumipas et, WARDLE, démontra, chiffres à l'appui, la supériorité, à tous points de vue, de la soie de la grande araignée de la côte de Malabar sur celle du ver à soie.

Après Tananarive ( début de cette page ), MEGIN (1888), FALLOU (1889), puis l'abbé FAVIER et LABONNEFON (1902) reprirent les tentatives d'acclimatation des Néphiles en France. En 1928, Pierre BONNET, assistant de l'Université de Toulouse, reçut trois femelles qui laissèrent 5 à 600 jeunes Néphiles mais pas de résultats pratiques, sauf qu'il a su en profiter pour faire des observations intéressantes.

NDLR : enfin, Maurice THOMAS, l'auteur de ces lignes, était convaincu que la sériciculture aranéicole finira par triompher des difficultés.

*** J'ai donné de la viande crue à un Opilion ( " faucheux " ) et il l'a mangée.

Sources : " Vie et moeurs des araignées " de Maurice THOMAS, édition Payot 1953.
Le texte a été raccourci et arrangé pour le réduire .

  • A l'exposition universelle de Paris de 1900, on a vu un ciel de lit en soie d'araignée Néphila madagascarensis . Mais l'énorme prix d'une telle marchandise ne permit pas longtemps de se payer une telle fantaisie ! ( Almanach Hachette 1902 )
  • Les allemands sont arrivés à produire des toiles fines en soie d'araignée, utilisées en pharmacie comme antihémorragiques. ( Larousse du XX eme. siècle, 1933 )
  • En tissage, l’usage des fils de soie des araignées a déjà été tenté, réussi, puis abandonné car il faut plusieurs dizaines de milliers d’araignées pour une maigre production. Et l’élevage n’est pas aisé !
    Dans un de ses ouvrages, Jacques BERGIER ( voir bibliographie ) donne un exemple insolite au sujet d’un chimiste allemand : "...il voulait d’abord reproduire chimiquement la toile d’araignée, puis s’en servir pour fabriquer des gilets pare-balles pour les soldats et des parachutes...au cours de ses recherches, il détruisit le seul gant en toile d’araignée connu au monde, qu’il confisqua dans un musée allemand "
  • Des millénaires avant l'homme, la fourmi "Polyrhachis laboriosa" qui habite le Congo, emploie la soie de l'araignée pour la confection de son nid ( M.THOMAS)

 

 
  • Les araignées ont la capacité de fabriquer jusqu'à sept fils différents. Celui qui a les qualités les plus surprenantes, c'est le fil de trame, celui qui sert à former les rayons et le contour de la toile. C'est aussi ce fil qui leur permet de descendre du plafond à toute vitesse.
  • Si on fabriquait avec du fil d'araignée un câble de la grosseur du pouce on pourrait soulever une dizaine d'autobus. On pourrait aussi en faire des gilets pare-balles et des sutures chirurgicales !
    ( source : "découverte" Radio Canada 29.09.2002 )
  • Araignée à tout-faire !
    "L'équipe du biologiste Randy LEWIS, de l'université du Wyoming, affirme faire fabriquer de la soie à des bactéries, auxquelles les chercheurs ont transféré de l'ADN extraite d'araignée. La soie tissée par cet animal étant d'une solidité inégalée, elle est ensuite utilisée dans des domaines aussi divers que la suture des cicatrices, la fabrication de prothèses vasculaires, celle de chambres à air pour vélos de course professionnel,etc" ( Source : revue "ça m'intéresse" nr.166, décembre 1994 )


    14 ans après....
    La soie artificielle d'araignée pour bientôt ?
    Une équipe de biophysicien dirigée par Sébastien RAMMENSEE, de l'université de Munich, vient de publier un article proposant un nouveau processus de fabrication de la soie à partir de fils de l'araignée, à l'aide de bactéries génétiquement modifiées pour recréer les conditions physico-chimiques indispensables à l'assemblage des protéines eADF3 et eADF4, à l'instar de ce qui se passe dans le corps de l'araignée.
    Mais la quantité obtenue n'est pas encore comparable à celle de la soie de l'araignée.
    Source : "science et vie" - N.A - nr.1090, juillet 2008.
    Une sacrée chimiste l'araignée !
  • Réaumur a dit dès longtemps que nombre de chrysalides fourniraient une belle soie. L'araignée en donnerait une, aussi fine que résistante. Voir l'admirable voile de soie d'araignée que l'on conserve au muséum ( J.MICHELET, "l'insecte" 1858 )
  • " A l'exposition de 1900, on a présenté une pièce d'étoffe en soie de Nephila. Cette soie, jaune d'or, est de qualité remarquable ; à ténacité égale, elle a bien plus de finesse que celle de " Bombyx mori " (ver à soie) ; mais on ne peut guère songer à l'exploiter de façon industrielle, car la Nephila, comme toutes les araignées, convient très mal à l'élevage collectif, en raison de ses moeurs carnassières, voire cannibales. " ( Jean ROSTAND )
  • " Si nous pouvions - disait M.BON au XVIII eme. siècle - trouver le moyen d'élever en chambre de jeunes araignées, elles nous fourniraient beaucoup plus de soie que les vers à soie"
  • 1989 :
    Industrie : du tissu d'araignée.
    Les archnides possèdent des glandes secrétant  des qualités différentes de soie. Il peut être destiné à la fabrication d'un cocon, d'une toile ou d'un fil de capture dont la résitance est alliée à une élasticité remarquable. Cette soie a déjà été utilisée par des industriels. Une identification du gène codant safabrication permettrait une production de masse dont les applications seraient nombreuses : revêtement pour l'aéronautique, casques légers et solides, fils de sutures bien tolérés, ou même vêtements pour les élégantes. Etudes en cours aux Etats-Unis...( Revue "Terre sauvage" - un autre regard sur la nature -  nr. 34 , novembre 1989 )
  • 2009 :
    Un tapis a été tissé avec la soie d'un million d'araignées !

    Il a fallu quatre ans de travail à une équipe de 80 personnes pour tisser les 3 mètres d'un tapis unique au monde, exposé au muséum d'histoire naturelle de New-York. La fibre de tissu doré provient de la soie de plus d'un million de néphiles dorées, de grosses araignées de Madagascar.  Chaque fil du tissage est constitué lui-même d'un tressage de 96 filaments de soie.A l'origine de cette prouesse technique : un partenariat artistique entre un historien de l'art et un designer de mode.

    ( Revue "science et vie" nr.1106 de novembre 2009 )


 

 


Les araignées ont appris à tisser des toiles plus tôt qu’on ne le pensait auparavant, comme en témoigne le fragment découvert emprisonné dans l’ambre et daté de 140 millions d’années. ( futura-sciences)


Par rapport à l'araignée, voici la production du ver à soie en chiffres :
- Une femelle pond environ 500 oeufs.
- Une once de graines - oeufs - (30 grammes) donne en moyenne 30.000 vers.
Qui vont manger de 1000 à 1200 kg de feuilles.
Qui vont produire 100 kg d'escréments.
Qui vont tiisser 60 kg de cocons.
Qui seront transformés en 5 kg de soie grège.
- Un cocon est constitué d'un fil de 700 à 1500 mètres de longueur suivant les races.
( source "Aux Mées, quand on faisait des magnans...", associations "les amis des Mées .04" 1984 )



 

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